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40 mars 2016, Place de la République, Paris

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Nanterre en colère

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mardi 6 décembre 2016

Avec les résidents des foyers pour travailleurs migrants

Mai 2016, au passage d'une manifestation contre la loi El Khomri, près du 
siège de COALLIA dans le 12éme arrondissement de Paris
Vendredi 2 décembre, à l’initiative du Collectif pour l’avenir des foyers (COPAF), nous étions nombreux à nous réunir avec les résidents de foyers pour travailleurs migrants (FTM), venus de Paris et de la banlieue. Militants syndicalistes (Solidaires, CGT), associatifs (MRAP, LDH, GISTI, FASTI, Droits Devant, DAL…) ou animateur du collectif 75 des sans-papiers, nous avons exprimé notre solidarité, notre détermination à construire ou intensifier des liens, des réseaux de proximité avec les délégués des foyers. Eux-mêmes ont dit la nécessité, et les difficultés,  pour les résidents de tous se mobiliser, de faire front commun, quel que soit l’organisme gestionnaire : ADEF, COALLIA-AFTAM, ADOMA ou LE RICHEMONT (1)

 La menace qui pèse sur l’existence même des FTM est encore trop méconnue.

Après des décennies d’abandon, la politique des résidences sociales, mise en place depuis une vingtaine d’années, vise à transformer fondamentalement les foyers. Ils sont désormais destinés à accueillir des personnes en grande difficulté sociale, estimées non autonomes, dans des studettes de 11 à 15 m2, avec un règlement et une surveillance stricts, pour un temps le plus souvent limité. Peu à peu tous les espaces de vie collective – cuisine, salles de réunion, lieux de prière, et jusqu’aux couloirs ! – disparaissent pour entasser le plus possible de « cas sociaux » confinés entre leurs quatre murs. Dès 2004, sur 51 000 logements en résidence sociale, 40 000 ont été pris dans des foyers pour travailleurs migrants, à leur détriment. Particulièrement en Île-de-France, préfectures et collectivités locales, face à la pénurie de logements sociaux et au refus de construire pour les plus démunis, cherchent à remplacer les travailleurs immigrés par des pauvres en transformant les FTM existant.
Les conséquences sont graves. Les espaces de vie collective sont essentiels pour la solidarité entre résidents et la solidarité avec les familles, les villages d’origine. Trouver des services, des denrées, des repas à petit prix, parce que les salaires sont maigres et qu’on en envoie une partie au pays, avoir sur place des cours de français langue étrangère, pouvoir se réunir pour s’organiser et se faire entendre, pour des moments festifs et culturels ouverts au quartier, c’est ce qui rend irremplaçable la vie en foyer. Les FTM sont des lieux de (re)socialisation, d’initiation à la vie en France, où, pour des milliers de primo-arrivants, les souffrances de l’exil peuvent s’atténuer pour se construire un avenir.

Pourrir la vie des travailleurs immigrés pour qu’ils libèrent les lieux ?

Pour les plus anciens, après une vie de travail, c’est souvent la possibilité d’aller et venir entre la France et le pays natal. Mais tout est fait pour leur enlever ce droit : sans la domiciliation du foyer, ils perdent tous leurs droits ; mais s’ils n’y habitent pas toute l’année (ou suffisamment de mois, ça dépend…), ils perdent l’APL, l’AFPA, ils sont traités en fraudeurs et expulsés.
Tous les témoignages font état du délabrement de la plupart des bâtiments, les organismes gestionnaires refusant de faire les travaux d’entretien. Les règlements sont de plus en plus tatillons et absurdes, attentatoires à la vie privée, aux droits et à la dignité des personnes. L'expression "non aux foyers-prisons" condense la révolte. Le droit d’héberger un parent ou un proche de passage, pour des temps variables selon les gestionnaires, disparaît quand le foyer devient résidence sociale. Les procédures d’expulsions de résidents titulaires pour hébergement d’une autre personne encombrent les tribunaux. Les contrôles de police se multiplient, à la recherche de sans-papiers à expulser. L’inviolabilité même de l’espace privé qu’est la chambre est à défendre. Les délégués, les comités de résidents, élus, dont le rôle est reconnu pourtant par la loi, sont le plus souvent méprisés par les gestionnaires. Loyers et charges augmentent : le prix peut monter à cinq-cents euros par mois dans les résidences réhabilitées.

Des luttes à soutenir

Les revendications communes sont donc nombreuses : le COPAF les expose clairement dans un quatre pages. Des manifestations ont déjà eu lieu à Paris, pas encore assez nombreuses pour changer le rapport des forces. Dans plusieurs foyers gérés par COALLIA, la lutte prend de l’ampleur. Comme dans celui de Boulogne-Billancourt, où la fermeture de la cuisine collective par la police a été l’agression de trop qui a déclenché une grève des loyers qui dure depuis le mois de juillet.
Les grèves des travailleurs sans papiers, depuis 2006, ont été organisées et soutenues dans les foyers. On se rappelle celui de Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, en 2012-2013, et où certains sont encore en lutte dans leurs entreprises. Marilyne, de l’UD CGT de Paris, a rappelé que les vingt-cinq travailleurs du bâtiment maliens qui viennent d’être régularisés, et réintégrés dans leur emploi par l’entreprise donneuse d’ordre, sur constat par l’inspection du travail d’une relation de travail – victoire des plus importante pour tous – habitent eux aussi dans des foyers pour travailleurs migrants.
Partout, la solidarité avec les résidents des FTM est à construire et à élargir : c’est un enjeu de la lutte des classes et de la solidarité internationale de notre temps. Comme l’a dit le délégué de CSP 75, il s’agit de se sortir de la françafrique postcoloniale des pilleurs et des exploiteurs, pour construire ensemble notre françafrique à nous, humaine, juste et solidaire.

(1)     Les sites de ces organismes sont révélateurs : on y trouve diverses offres d’hébergements en résidence sociale, mais moins que très rarement  de références aux foyers de travailleurs migrants. L’exemple de COALLIA est symptomatique. Maintenant que le coût des FTM est amorti, avec l’argent des travailleurs immigrés, la priorité est de s’en débarrasser, pour des créneaux plus rentables dans le « social ».


                                                                                                                                                                      

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