Liberté !

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Appel de plus de cent organisations :

mercredi 20 mai 2015

Soyons nombreux, montrons que nos "gouvernants" ne parlent ni n'agissent en notre nom...



Le vendredi 22 mai de 20h00 à 21h00 : rassemblement silencieux, avec pour mot d'ordre : « Des Ponts Pas Des Murs, contre les naufrages en Méditerranée » à l’embouchure du Pont des Arts, 
Attention, le lieu de rencontre a changé !
Rendez-vous sur l'autre rive, Place Mahmoud DARWICH (devant l'Académie Française), côté Quai de Conti, aux abords du pont des Arts !
Devant l'inertie des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE face à la situation des migrants en Méditerranée une centaine d'organisations ont interpellé le président de la République et les élus le 6 mai *
En coordination avec d'autres réseaux et organisations en Europe, elles appellent à se mobiliser en perspective du sommet européen qui aura lieu les 25 et 26 juin.
* Leurs revendications sont les suivantes :
· mettre en œuvre sans délai une véritable opération de sauvetage en mer, dotée de moyens à la hauteur des besoins et portée par l’ensemble des Etats membres, à même de prévenir les naufrages et de secourir efficacement toute personne en détresse.
· mettre en place un mécanisme d’accueil des personnes migrantes et réfugiées sur la base de la solidarité entre Etats membres, en activant en particulier le dispositif prévu par la directive européenne du 20 juillet 2001 relative à la protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées.
· ouvrir des voies d’accès au territoire européen pour les personnes migrantes et réfugiées, dans le respect du droit international et européen.
· bannir en matière de migrations toute coopération avec des Etats tiers, d’origine et de transit, qui ne respectent pas les libertés et droits fondamentaux.
Sur ce même sujet : Appel "Migrantes et migrants morts en Méditerranée" : Une pétition initiée par la section LDH de l’EHESS, le Collectif de soutien de l’EHESS aux sans-papiers et aux migrant-e-s et qui peut être signée en ligne ici : http://www.cyberacteurs.org/…/migrantes-migrants-nbsp-repre…

Communiqué de l'UCIJ (Unis Contre Immigration Jetable)
Contre les naufrages en méditerranée : mobilisons-nous !
Aux nombreux cadavres de migrants qui flottent chaque jour en mer Méditerranée, le sommet extraordinaire de Bruxelles qui a réuni les chefs d’Etat, répond par le renforcement de l’arsenal sécuritaire et des moyens financiers de FRONTEX.
Ainsi, les États membres de l'UE donnent clairement priorité au contrôle des frontières et des eaux territoriales aux dépens des vies humaines.
En France, de nombreuses associations signataires de l’appel « Contre les naufrages en Méditerranée : des ponts, pas des murs ! », appelle citoyens et acteurs de la société civile à se mobiliser contre l’inhumaine politique migratoire de l’Union Européenne. 
Les mobilisations auront lieu du 20 au 30 mai, avec un temps fort prévu le vendredi 22 Mai.

L'UCIJ appelle tous ceux et celles qui pensent qu’une autre politique migratoire, respectueuse des droits humains, empreinte de solidarité est possible et nécessaire à se mobiliser le Vendredi 22 Mai.

samedi 16 mai 2015

"Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation"



Samedi 9 mai, le collectif, dont l’appel initial compte environ 2000 signataires, organisait un colloque à Gennevilliers. Farid Bennai a introduit la discussion en plénière par la lecture d’un texte publié par Médiapart. Plusieurs courtes interventions ont ensuite évoqué des luttes et des débats en cours : les chibanis de la SNCF contre les discriminations ;  les crimes coloniaux du 8 mai 1945 à Sétif ; Antisémitisme et islamophobie (UJFP) ; les droits des Roms ; les luttes pour la régularisation des sans- papiers (UNSP) ; violences policières ; appel du 21 mars contre le racisme ; sortir du colonialisme ; Droit Au Logement ; Exhibit B ; PIR ; FUIQP…

Puis le travail a continué en ateliers. J’ai participé à celui consacré à « débloquer les verrous idéologiques »

Ne pas parler au nom des sans voix, situer sa parole….

L’atelier « combat  idéologique », un des temps forts du forum organisé à Gennevilliers, était co-animé par le sociologue Eric Fassin et la jeune militante communiste Sonia Nour.  Pas moins de vingt-six interventions  ont tissé un échange réactif et passionné. Je ne peux qu’en écrire ce que j’en ai noté et retenu, et c’est à croiser et confronter avec d’autres points de vue. C’est – en tout cas ce devrait – être la règle pour tout ce qui se voudrait rendre compte d’un débat, mais c’est encore plus vrai de celui-ci. Comme en prenant la parole samedi, il importe en effet d’abord de situer ici qui dit je.
Je suis militant communiste, du  réseau Migrations-citoyenneté PCF92,  et c’est en tant que tel que, personnellement, je suis un des premiers signataires de l’appel « Reprenons l’initiative ».
 Je suis aussi militant du MRAP, organisation dont on aurait bien tort de mépriser l’histoire et l’activité présente parce qu’à un congrès la notion de « racisme anti blanc » est passée. Nous sommes nombreux, et sans doute très majoritaires, à demander que ces mots, aussi choquants qu’en contradiction avec nos engagements réels,  disparaissent le plus vite possible.
J’ai fait le choix d’enseigner plus de vingt ans dans un quartier populaire de Nanterre, et depuis plus de vingt ans j’habite la même cité que des élèves et leurs parents. Combattre les inégalités et les oppressions de classe, les discriminations, une politique et des idéologies de plus en plus « racialisantes », xénophobes, aux côtés des habitants du quartier, comme aux côtés des « sans-papiers », aux côtés des Roms … c’est de plus en plus difficile.
Les luttes menées avec mes organisations politique, syndicale et associative marquent le pas. C’est pourquoi j’ai participé au colloque, pour inventer ensemble d’autres pratiques, pour ouvrir d’autres perspectives.
Quelques idées fortes que j’ai retenues de l’atelier où nous nous sommes efforcés de « débloquer des verrous idéologiques. » :
Racialisation, assignation…
Le racisme, c’est des discriminations, des mépris, des violences,  des crimes. Le passé imprègne notre présent, et notre époque, notre société, nos gouvernants,  nos institutions, ajoutent des formes de racisme, des souffrances nouvelles. Personne ne doit, ne peut parler à la place de celles et de ceux qui en sont les victimes directes. Evidemment, ceux qui comme moi sont blancs de peau, ne font partie d’aucune « minorité visible », ne sont pas « héritiers » de peuples colonisés,  ceux qui ne sont pas musulmans, ne sont pas juifs, ceux qui n’ont pas le look de jeune des cités ou de migrant avec ou sans papiers,  cibles de contrôles  et de violences  policiers, ceux qui ne sont pas des Roms chassés de bidonville en bidonville… ceux-là, « les Blancs »,  ne vivent pas dans leur chair ni dans leur âme les blessures infligées aux « racialisé-e-s ». « L’empathie, ce n’est pas l’expérience de la souffrance »,  « Il faut des espaces où les « racialisés » dominés décident entre eux de leurs actions autonomes », a-t-il été répété, faisant parfois le parallèle avec des mouvements pour les droits des femmes contre le patriarcat. Dans cette logique, la discrimination positive (impliquant des « statistiques ethniques ») serait, pour certains,  à revendiquer.

Un vif débat à propos des manifestations contre Exhibit 2, performance artistique ressentie comme raciste et blessante par des intervenants,  alors que d’autres militant-e-s antiracistes ont regretté que ces manifestations aient empêché qu’un débat ait lieu (1), a montré combien la question est complexe. Au nom de l’ «Universel » dont la culture européenne serait porteuse, on sait que la colonisation passait, et passe encore dans une partie de l’opinion, pour avoir eu de prétendues vertus  « civilisatrices ».  On sait que des organisations « progressistes » au nom de bonnes intentions - philanthropiques, voire charitables - ont parlé, et pour certaines parlent encore,  au nom de dominés laissés sans voix, pour les instrumentaliser à des fins politiciennes ou par incapacité à sortir d’un paternalisme fondamentalement raciste.

Aimé Césaire, avec son concept de négritude, appelait à « se mobiliser comme tel, pour échapper à l’assignation, condition nécessaire pour s’émanciper, pour construire un « universalisme situé », selon un intervenant.  Mais c’est aussitôt pour pointer lui-même le danger : celui de l’ « essentialisation » de l’être humain dans une des caractéristiques de son identité, alors que l’identité individuelle, la personnalité de chacun, sont forcément multiples . Le concept de racialisation  lui-même, si cette racialité devient l’identité subjectivement revendiquée par les « racialisés », serait-il piégé, porteur d’une « assignation » raciste à sa « race » ?


La hiérarchisation des racismes renforce le racisme


 Des échanges sur l’antisémitisme, lancés notamment par des militantes de l’UJFP, ont montré le danger de la  « hiérarchisation » des racismes. Depuis le début des années 1980, l’idéologie de la « guerre des civilisations » prétend assigner les juifs à être du côté de l’Occident, comme partie constitutive d’une Europe qualifiée désormais de  judéo-chrétienne, et, paradoxalement, à être sionistes et soutiens inconditionnels  de la politique de l’Etat d’Israël en Palestine occupée. La banalisation de l’islamophobie contrastant avec la condamnation de l’antisémitisme, dans la politique portée notamment par Manuel Valls, cela  ne relève donc pas seulement d’un « deux poids-deux mesures » dans le dosage des mots, mais bel et bien d’une vision idéologisée d’une « guerre des mondes racisés», où le Juif serait  l’allié de l’Occident  et le Musulman son ennemi potentiel ou effectif. Ce qui ne peut qu’ajouter des formes nouvelles d’antisémitisme, par exemple avec la répression des manifestations contre les massacres de Gaza, et alimenter des théories du complot à la Soral, qui recyclent les vieux thèmes de l’antisémitisme des siècles passés. Parfois cité, le concept de « philosémitisme d’Etat », qui pour ses inventeurs, prétend exprimer l’hypocrisie d’un « antisémitisme retourné »,  et ouvrir un nouveau front dans la lutte idéologique, est, pour beaucoup d’entre nous, pour le moins ambigu, et il risque surtout de conforter… l’antisémitisme !

Comment s’émanciper vraiment des mots, des catégories racistes ?

 L’intitulé du colloque était clair : « contre les politiques de racialisation », dont « personne ne sort indemne », a averti Eric Fassin. « Nous sommes tous racialisés, les Blancs aussi ». Ce qui ne veut pas dire que le « racisme anti-Blanc » serait un concept  recevable, parce qu’il ne correspond pas à une structure de domination subie par les Blancs du fait de leur « racialisation », mais qu’au contraire le fait d’être défini comme Blanc constituerait  un privilège et une assignation à une place de dominant.
Les antiracistes « blancs » n’ont pas été les seuls à se rebeller contre l’assignation à leur « race » ! Une militante d’origine tunisienne, une universitaire  algérienne qui travaille sur le code de la famille, ont été parmi les plus véhémentes à dire leur ras-le-bol de leur catégorisation selon des stéréotypes attendus d’après leurs noms, leur religion supposée… Alors, que peut vraiment signifier concrètement l’expression  lancée par une « militante féministe post coloniale » : « Les Arabes, les Juifs et nos alliés Blancs » ?
Une enseignante de Bobigny a expliqué que dans ses classes «  les Blancs, c’était des enfants roms ! », ajoutant qu’ « on est racialisé par sa classe sociale avant de l’être par son origine », mais que l’appartenance de classe s’est effacée des consciences.

La lutte contre le racisme, une question politique

D’emblée, justement, l’accent avait été mis sur « enjeux de classe/enjeux de races »,  dans les quelques mots d’introduction des animateur-animatrice de l’atelier. L’antiracisme aurait été jusqu’à présent uniquement perçu par les organisations « traditionnelles » sous l’angle moral, individuel, comme une question d’ignorance à combler…Il s’agit maintenant de prendre la mesure de sa fonction politique. Créer de l’altérité, des divisions, des boucs émissaires, ça sert aux dominants à rester dominants. L’erreur de « la gauche » a été de prendre à la lettre la théorie marxiste de détermination en première instance des questions économiques, des luttes de classes, et de tenir pour secondaires les « questions raciales ».
Etant entendu que le PS actuel, dans sa dérive pro capitaliste « libéral », et sa créature des années quatre-vingts, SOS-racisme, n’étaient ni présents, ni invités, ni considérés comme faisant partie de la gauche telle qu’implicitement définie, l’injonction à s’expliquer sur « comment avons-nous perdu l’initiative » s’adressait aux « politiques » présents au forum : PCF, Ensemble, citoyen-ne-s « non encarté-e-s » pour le Front de gauche, et NPA.
Les communistes participant à l’atelier étaient parmi les premiers signataires de l’appel. Leurs contributions se sont donc situées naturellement dans la recherche commune d’avancées théoriques et de luttes concrètes. Ainsi, pour Fabienne Haloui, membre de l’exécutif national et animatrice de la commission « lutte contre le racisme », l’angle de discussion pour le PCF,  c’est d’inscrire les luttes contre les inégalités, les discriminations, dans le combat de classe. En matière de verrous idéologiques, culturels, « l’extrême droite a vampirisé la laïcité »,  il en est de même de l’ « identité nationale »,  alors que la nation est constituée d’immigrations successives…

De leur côté, des militants du MRAP présents,  déjà engagés depuis longtemps, avec d’autres « associatifs » venus au forum, dans la solidarité concrète avec les Roms, les sans- papiers,  avec des peuples en lutte dans le monde, comme sur la mémoire de la colonisation et de l’esclavage, n’avaient pas le sentiment d’en rester à un « antiracisme moral ». Politiser l’antiracisme ne saurait conduire à abandonner le terrain de l’éducation populaire, ni les interventions en milieu scolaire, encore moins l’exigence que l’institution Education nationale prenne en compte la diversité des origines et des cultures pour en faire du commun, a-t-il été précisé...

Les luttes des migrants, du local au mondial.

L’active participation d’animateurs de collectifs de sans-papiers, de l’UNSP, a donné au débat une dimension nouvelle. Dès la séance inaugurale, l’évocation de la lutte des coiffeuses du 57 boulevard de Strasbourg avait été une occasion unique d’applaudir une action qui gagne. Si l’appel du collectif initial visait avant tout les habitants, de nationalité française pour la plupart,  héritiers du colonialisme et des immigrations, les luttes pour le droit au séjour des nouveaux arrivants ne pouvaient pas être hors-sujet. « Des habitants des quartiers populaires sont concernés directement, pour des membres de leurs familles par exemple, par le projet de loi sur l’entrée et le séjour des étrangers »a expliqué Violaine, du GISTI. « Seule, la carte de résident permet de s’insérer dans la société, d’avoir vraiment accès à des droits stables. Au contraire, la loi et les circulaires maintiennent dans la précarité et facilitent les expulsions au détriment du droit ».  Plus généralement, la xénophobie d’Etat, la fermeture des frontières de l’Europe forteresse ont été dénoncées. La néocolonialisme pille les richesses de l’Afrique, les interventions militaires  ont créé le chaos et mis des pays à feu et à sang… et les « boat-people » de la Méditerranée font la une de l’actualité.  Les fantasmes de l’invasion et du « remplacement »,  sont au cœur des discours de Front national, de plus en plus repris et banalisés.  

L’autonomie reste à construire…

L’ « autonomie » des luttes des sans-papiers est  posée, au moins depuis l’occupation de Saint-Bernard en 1996, ce qui ne dispense pas les associations de soutien, ni les syndicats, ni les « politiques », de construire avec eux des initiatives…Une expérience à prendre en compte, la question de l’autonomisation de l’organisation, des revendications, des formes de lutte des « dominés », des « racialisés », des jeunes des quartiers populaires, étant un objectif central du colloque.
Mais l’autonomie ne peut relever ni d’un spontanéisme subjectif, d’une identification à des groupes définis par les dominants. Qui rassembler, sur quels mots d’ordre ? des rendez-vous sont pris, les actions sont nombreuses et diverses : quelles convergences sont possibles ? quel commun en construire ?   L’essentiel reste à inventer. Cela  implique la participation réelle et directe des premiers concernés, faute de quoi le risque est grand de « parler à leur place », qu’on soit sociologue, militant associatif ou politique. Visiblement, faire venir «les jeunes des quartiers », ce n’est pas facile. Des initiatives à l’échelle de la ville, comme le développement de toutes les ressources d’internet, devraient permettre de passer vraiment à une autre étape.


Dans la synthèse en plénière, Saïd Bouamama nous a invités à être humbles et ambitieux. En effet, dans la crise que nous vivons, les « mutations sociologiques » sont synonymes de précarisation généralisée, d’angoisses, de mise en concurrence  des marchandises et des hommes à l’échelle du monde…et dans cette situation la « perception du racisme » change. Et s’intensifie surtout son utilisation comme arme de division massive aux mains des dominants pour pérenniser leur domination de classe, ajouterais-je… Changer la donne implique que le PCF, le Front de gauche, avec les forces militantes qui leur restent et celles qui sont à construire, prioritairement dans les quartiers populaires, sans rien lâcher de leurs identités, de leurs propositions sur les questions sociales et économiques, prennent vraiment l'ensemble des  problématiques posées, notamment dans le forum de Gennevilliers, comme des questions aussi "essentielles" que les questions économiques et sociales. Ne serait-ce que parce qu'elles déterminent "en première instance", qu'on le veuille ou non, qu'on l'approuve ou non, les comportements, les revendications, et la perte de confiance dans la "classe politique", d'une multitude constituée des premières victimes de la crise globale du système capitaliste, du local au mondial. 

(1) à ma connaissance, le seul lieu de controverse rassemblant une réelle pluralité, suite aux manifestations contre Exhibit 2, a été celui ouvert, pour une soirée, à l'initiative du "réseau culture" du PCF, espace Oscar Niemeyer. Le débat, qui avait duré près de trois heures, avait été vif, passionné, et l'écoute respectueuse des points de vue différents, comme samedi à Gennevilliers.  Le fait que les représentants de la "diversité" sont quasiment absents parmi les directions des centres dramatiques nationaux et autres institutions culturelles, avait été dénoncé. Malheureusement, cette initiative n'a pas fait l'objet d'un compte-rendu et n'a pas eu de suite.

mardi 12 mai 2015

DES PONTS PAS DES MURS !

20 avril 2015, place de la République, Paris
Combien faudra-t-il de milliers, de dizaines de milliers de morts, pour que l'indignation du peuple de France soit à la hauteur de l'horreur du crime commis ? Quand et comment pourrons-nous être assez nombreux, assez forts, pour que des mesures d'urgences soient prises, pour imposer que change la politique de la France et de l'Union européenne qui  sont responsables de dizaines de milliers de morts ? 
Le 20 avril, nous étions  quelques centaines, place de la République, et dans les jours suivants des associations, des collectifs de sans papiers, ont continué d'organiser des rassemblements de même envergure.
Enfin, quelque chose commence à se construire, avec l'appel "Des ponts pas des murs"(1), qui rassemble à ce jour plus de cent associations et quelques syndicats. Le texte, qui reprend la lettre au Président de la République qui lui sera remise le 22 mai à l'issue d'un après midi de rassemblement et de marche, et servira de base commune pour des initiatives européennes en juin, s'en tient à demander des disposition immédiates pour sauver la vie des migrants.Comme l'ont fait déjà le 26 avril des responsables des Nations Unies  dans leur "déclaration commune sur les traversées en Méditerranée" qu'on peut lire aussi ci-dessous.
Chacun est bien conscient que pour faire que la liberté de circulation soit un droit pour tous, que migrer ne soit plus synonyme de malheur à fuir et de malheur à trouver, il faut des changements d'une tout autre ampleur. Aminata Traoré, par exemple dans une tribune signée avec Nathalie M'Dela-Mounier, à propos du pillage de l'Afrique, en fait la démonstration.
Et puis les noyades, ces dernières années, se comptent aussi par dizaines de milliers, près des côtes de Mayotte, où la France s'impose comme une citadelle avancée de l'Europe forteresse dans l'Océan indien...
Mais soyons nombreux à nous rassembler, c'est plus qu'urgent, pour que des vies soient sauvées en Méditerranée, indignés par le cynisme des dirigeants de nos pays d'Europe qui après avoir contribué à mettre des pays à feu et à sang envoient maintenant la marine de guerre pour repousser les réfugiés !
Les "politiques" ne sont pas invités pour l'heure à signer l'appel "Des ponts pas des murs". Evidemment, la droite, et son extrême Fhaineuse, fort occupées au Sénat à pourrir encore plus la vie des demandeurs d'asile, pas la peine d'y songer. Le PS, dans sa majorité,  est au gouvernement pour appliquer la politique qui provoque les catastrophes. Le Front de gauche, les Verts, le NPA et d'autres organisations politiques seraient sans doute prêtes à signer, mais le choix des initiateurs de l'appel est autre. Ce qui ne les empêchera évidemment pas d'exprimer leur soutien aux initiatives du collectif Des Ponts pas des Murs. Et encore moins de construire leurs propres initiatives, en y invitant les associations.
C'est le cas par exemple les 30 et 31 mai, place de la République à Paris, au Forum européen des alternatives, à l'initiative du Parti de la Gauche Européenne,  où des milliers de participants sont attendus, avec un temps fort le samedi après midi : l'atelier pour une nouvelle politique migratoire.
(1) Le nom du collectif est emprunté à une initiative unitaire qui avait rassemblé notamment pour la liberté de circulation, la régularisation des sans papiers, des milliers de manifestants en 2007 à Paris. 
Le texte des associations :
Contre les naufrages en Méditerranée :
des ponts, pas des murs !
Mobilisons-nous !
Après les drames qui, en Méditerranée, ont provoqué la mort et la disparition d’au moins 2.000 personnes depuis le début de l’année, les chefs d’Etat réunis lors du Sommet extraordinaire de l’Union européenne le 23 avril ont fait le choix, non pas de sauver des vies, mais de renforcer un arsenal sécuritaire en grande partie responsable de ces drames.
En vingt ans, plus de 20 000 morts aux frontières européennes : nos organisations sont consternées par cette politique de non-assistance à personnes en     danger.
  Face à ces renonciations répétées aux valeurs fondatrices de l’Union européenne, elles ont décidé d’agir ensemble pour exhorter les responsables politiques français et européens à mettre en œuvre une autre politique, qui soit conforme au respect de la vie et de la dignité humaine.
Devant l’urgence, nos organisations ont exposé, dans un texte commun adressé au Président de la République, les revendications suivantes :
-     mettre en œuvre sans délai une véritable opération de sauvetage en mer, dotée de moyens à la hauteur des besoins et portée par l’ensemble des Etats membres, à même de prévenir les naufrages et de secourir efficacement toute personne en détresse.
-     mettre en place un mécanisme d’accueil des personnes migrantes et réfugiées sur la base de la solidarité entre Etats membres, en activant en particulier le dispositif prévu par la directive européenne du 20 juillet 2001 relative à la protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées.
-     ouvrir des voies d’accès au territoire européen pour les personnes migrantes et réfugiées, dans le respect du droit international et européen.
-     bannir en matière de migrations toute coopération avec des Etats tiers, d’origine et de transit, qui ne respectent pas les libertés et droits fondamentaux.
Nos organisations appellent à ce que se mobilisent, sous des formes diverses, les citoyens et acteurs de la société civile afin que les élus - locaux, nationaux et européens - soient incités à agir concrètement pour la mise en œuvre de ces solutions.
Elles appellent ainsi à soutenir et relayer largement cet appel, et à prendre
 
l’initiative d’organiser ou d’amplifier des mobilisations. Celles-ci débuteront en France du 20 au 30 mai 2015, avec un temps fort prévu le vendredi 22 mai.

En lien avec leurs partenaires européens et internationaux, nos mobilisations s’organiseront aussi à l’échelle européenne - notamment dans le courant du mois de juin à Bruxelles - méditerranéenne et internationale.

Ensemble, exigeons des ponts, pas des murs
premiers signataires (le 6 mai) :

4D, ACAT France, Acceptess-T, ACORT(Association citoyenne des originaires de Turquie), Action Tunisienne, ADA-Accueil Demandeurs d’Asiles, ADDE (Avocats pour la Défense des Droits des Etrangers), ADTF (association Démocratique Tunisienne de France), AFA (Association Française des anthropologues), AEDH, AFEA (Association française d’ethnologie et d’anthropologie), Ailes Femmes du Maroc, AMF, les Amoureux au ban public (national), Amoureux au ban public Bretagne, Anafé, Ardhis, ATF, ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), ASEFRR (Association de Solidarité en Essonne avec les Familles Roumaines), ASSFAM, ATTAC, Avocats pour la Défense des Droits des Etrangers, CASAS (Collectif pour l’Accueil des Solliciteurs d’Asile à Strasbourg), CCFD Terre- Solidaire, CEDETIM (Centre d’Etudes et d’Initiatives pour la solidarité internationale), Centre LGBT Paris Île-de-France, Centre Primo Levi, la Cimade, CISP75, CISP93, CISPM (Coalition internationale des Sans-papier Migrants), Collectif "Le Cercle de Résistance", Collectif les Engraineurs, Collectif pour une autre politique migratoire de Strasbourg, Collectif de soutien aux migrants sud Aveyron, Collectif UCIJ, le COMEDE, CRID, DIEL (Droits Ici et Là-bas), Dom’Asile, Droits Devant !, ELENA-France, Emmaüs Europe, Emmaüs France, Emmaüs International, Enda Europe, FASTI, FIDH, FNARS (Fédération des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale), Fondation France Libertés, FORIM, Français Langue d’Accueil, France Amérique Latine, FTCR, GISTI, Hors la Rue, IPAM (Initiatives pour un Autre Monde), JRS France, La maison ouverte de Montreuil, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du Monde, Mouvement Utopia, MRAP, PEROU (Pôle d’Exploration des Ressources Urbaines), Plateforme "Tenons et mortaises, un monde à faire venir", O.C.U. (Organisation pour une Citoyenneté Universelle), R.C.I. (Réseau chrétien-Immigrés), REMDH (Réseau Euro- Méditerranéen des Droits de l’Homme), RESF, Réseau Féministe « Rupture », Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Réseau Immigration Développement Démocratie - IDD, Réseau Migreurop, la Revue d’Histoire « Cahiers d’Histoire », Revue « Multitudes », RITIMO, Romeurop, Roussillon-Maghreb, SAMU Social de Paris, Secours Catholique Caritas France, Scribest, Si les femmes comptaient,
Société Européenne des Auteurs, SOS Migrants (Belgique), le Syndicat de la Magistrature, Terre d’Errance, Union Syndicale de la Psychiatrie, Union Syndicale Solidaire, Watch the Med Alarm Phone


lire aussi la déclaration commune sur les traversées en Méditerranée :


lundi 30 mars 2015

Les élections départementales vues des tours Aillaud. Second tour. DES ETOILES ROUGES DANS UNE NUIT BLEUE...


 
 
Moment fort de la soirée électorale à Nanterre : Nadine Garcia, conseillère générale sortante,  remet son écharpe à Laureen Genthon, dont elle est désormais la suppléante. La jeune militante communiste, habitante du quartier du Parc-sud, vient d’être élue Conseillère départementale en binôme avec le maire, Patrick Jarry. (Voir les résultats de tous les bureaux de vote de Nanterre dans les deux cantons.)
C’est une des six étoiles rouges qui scintillent dans la nuit bleue des Hauts-de-Seine, où la chute du PS permet à la droite de renforcer sa mainmise. Marie-Héléne Amiable et Pierre Ouzoulias (PCF Front de gauche) ont battu l’UMP à Bagneux/Bourg-la-Reine avec 54,3 % des suffrages exprimés. Elsa Faucillon et Gabriel Massou (PCF-Front de gauche) ont réalisé « le plus beau score du département » (Le Parisien) : 75,9% à Gennevilliers/Villeneuve-la-Garenne contre le FN.
Nanterre ne veut pas de l’UMP
Dans le premier canton de Nanterre, Laureen Genthon et Patrick Jarry réalisent 63,7 % des suffrages exprimés. Malgré un taux d’abstention très élevé (seulement 37,7 % de participation, contre 40, 8 % au premier tour), et près de 600 bulletins blancs et nuls,  elle et il obtiennent 104,6 % du total des voix de la gauche au premier tour (2). Le tandem UMP n’est majoritaire que dans 2 bureaux de cette circonscription (1), et dans quatre bureaux du  deuxième canton, tous situés dans le quartier du Plateau-Mont-Valérien. L’UMP est battue dans les bureaux du centre-ville où la droite était en tête dans la plupart des scrutins précédents.
Dans le canton 2 Nanterre-Suresnes, Habiba Bigdade et Antoine Seguin, devenu-e-s les candidat-e-s du « rassemblement républicain de la gauche, du centre et des écologistes », ont obtenu 57,71 % des suffrages exprimés dans les bureaux de Nanterre. Malgré un taux d’abstention très élevé (seulement 35, 3 % de participation, contre 38,2 % au premier tour), et près de 500 bulletins blancs et nuls, elle et il obtiennent 99,8 % du total des voix de la gauche au premier tour (101,4 % dans les bureaux de Suresnes) (2). C’est dans le bureau 46, où je vote, avec mes voisins des tours Aillaud, que leur score est le meilleur du canton : 72, 1 % des suffrages exprimés. Mais seulement 26,1 % des électeurs inscrits se sont déplacés (30% au premier tour), et il y a eu 19 blancs et nuls (18 au premier tour). Le binôme a réalisé 168 voix (96 % du total de la gauche au premier tour). Dans le bureau 47, situé dans le même groupe scolaire, où votent d’autres habitants des Tours Aillaud avec certains de leurs voisins du boulevard Pesaro, Habiba Bigdade et Antoine Seguin réalisent 183 voix (66,1% des exprimés) , soit 104,5 % du total de la gauche au premier tour, avec le même taux de participation (27,4%) et 19 bulletins blancs et nuls (15 au premier tour).
Mais c’est, sans surprise, le duo UMP Camille Bedin/ Christian Dupuis, maire de Suresnes, qui l’emporte (42,3 % à Nanterre ; 67,5 % à Suresnes ; 59,3 % sur le canton). Ainsi, le charcutage des cantons, voulu par le PS, dans l’espoir de renforcer le « bipartisme » et de  prendre des sièges au Front de gauche, se traduit, à Nanterre aussi, par la perte d’un siège pour la gauche : il y avait en effet trois conseillers généraux communistes élus en 2008 et 2011 dans notre ville. Et des conseillers départementaux UMP, bien qu’ils y soient minoritaires, auront un point d’appui pour établir un réseau clientéliste dans le quartier populaire du Parc. Surtout que la droite UMP/UDI, à cause de la politique désastreuse du gouvernement Valls-Macron, renforce son emprise sur les Hauts-de-Seine, avec 38 conseillers départementaux  de droite sur 46 sièges.
La lourde défaite du PS appelle à changer la politique
Certes, le charcutage électoral a permis au PS de faire élire à Montrouge-Malakoff les deux seuls Conseillers départementaux socialistes du 92 (contre 7 dans la mandature précédente). Mais c’est au détriment du PCF-Front de gauche qui avait une conseillère générale élue à Malakoff ! (3) Et surtout cela pèse peu, face à la débâcle électorale nationale du PS, avec dans les Hauts-de-Seine  de nouvelles lourdes défaites, après celles des municipales, dans des villes emblématiques comme Clichy-la Garenne ou Colombes. Et il entraîne dans sa chute d’autres forces de gauche et écologistes.  
Appeler, au lendemain de cette déroute électorale du PS,  au rassemblement national contre l’UMP et le FN ne sert à rien d’autre qu’à faire grandir l’abstention et le dégoût de la politique, si les socialistes au pouvoir s’obstinent à défendre et imposer une politique d’austérité, de reculs sociaux, d’abandon des valeurs et des luttes de la gauche,  qui aggrave la misère et le désarroi, et qui, loin de permettre de sortir de la crise, mène le pays à la catastrophe.
Avec les points d’appui que constituent les élu-e-s Front de gauche dans les municipalités, les départements (4), les régions, au Parlement, avec toutes les forces de gauche et écologistes qui ne se résignent pas à de nouvelles défaites et de nouvelles régressions annoncées, avec des syndicalistes, des associatifs, des citoyennes et des citoyens, il est urgent de construire une alternative. Et les communistes ne sont pas les seuls à y appeler ! Il est urgent d’ouvrir des chantiers de l’espoir. Il est urgent d’inventer une véritable démocratie, de créer partout des espaces de rencontre et de mobilisation, de bouleverser la politique pour que partout le peuple, dans sa diversité, l’investisse.

(1)     J’exclus de l’analyse des résultats à Nanterre l’atypique bureau 14 (école Joinville) qui concerne la caserne dite de la Garde républicaine. A noter cependant que 120 de ces militaires ont voté FN le 22 mars (52,8 % des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 39,3 %). Le 29 mars, c’est chez ces encasernés que l’UMP a fait son plus fort score, avec 118 voix (67,82% des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 28,6 %, un des plus faibles de la commune). Le civisme de la Grande Muette n’est pas un modèle…

(2)     La question du « report des voix » au second tour est toujours complexe. Ainsi, par exemple, me retrouvant assesseur dimanche dernier au 39e bureau (école des pâquerettes au Petit Nanterre), j’ai constaté qu’environ la moitié des électeurs venus voter ne l’avaient pas fait au premier tour. Le taux de participation, parmi les plus faibles de la ville, n’a  pas changé de manière significative entre le 22 (27,6 %) et le 29 (28,5 %). Les scores des candidats n’avaient rien de surprenant par rapport aux totaux de leurs « camps » respectifs au premier tour.  Je ne sais pas si on peut extrapoler pour les autres bureaux de vote. Cela confirmerait qu’en dehors d’une mouvance militante, très minoritaire, les raisons d’aller voter ou pas sont diverses, et, si j’en crois quelques conversations de sortie de bureau de vote, souvent liées, pour ceux qui votent souvent,  à des contingences personnelles sans rapport avec les choix politiques, surtout quand il n’y a guère d’incertitude quant au résultat probable, et/ou que l’enjeu de ce scrutin-là ne semble pas essentiel. Ce serait une étude à faire.

 Bien sûr, autre chose est le refus de participer aux élections comme forme d’expression contre l’offre politique proposée ou « le système », qui semble partagé par une forte proportion des électeurs inscrits dans les quartiers populaires, et est assurément majoritaire, si on ajoute ceux qui, bien qu’ayant le droit de le faire, ne s’inscrivent pas, volontairement, sur la liste électorale de la commune. Le nombre relativement faible  de bulletins blancs (10) ou annulés volontairement (8), au bureau 39, comme dans les autres, montre que la récente « prise en compte » du vote blanc dans la proclamation des résultats, sans que cela pénalise les scores officiels et médiatisés des candidats toujours calculés par rapport aux suffrages exprimés,  ne change strictement rien à l’abstentionnisme volontaire et devenu « structurel ». Pas plus que les bavardages récurrents sur l’obligation qu’il faudrait de voter, souvent à connotation autoritariste et répressive, ne saurait résoudre la crise de la politique et la mise à mal de la démocratie par la soumission des politiques imposées aux peuples et au mépris de leurs votes, aux intérêts des profiteurs de « la main invisible du marché » capitaliste.

(3)  Au delà de la mise en commun de Montrouge  avec Malakoff qui a permis au PS de gagner le nouveau canton, il est intéressant de noter que sur la circonscription la gauche anti-austéritaire avec le regroupement FdG EELV sur Malakoff-Montrouge et la liste FDG à Bagneux  est la première force à gauche sur la circonscription:
3422 ( Malakoff) + 1816 (Montrouge) + 4257 ( Bagneux ) = 9495
contre pour le PS:
2226 ( Malakoff) + 4132 ( Montrouge) + 1166 (Bagneux) = 7524 (message du Front de gauche Malakoff)
(4)  " A l'issue du second tour des élections départementales, le Front de gauche comptent 176 conseillers départementaux en métropole, dont 167 PCF et apparentés. Le PCF et le Front de gauche sont donc la 3ème force politique en terme d'élus, derrière l'UMP-l'UDI, le PS, et loin devant le FN.
2 fois sur 3, lorsqu'un binôme FDG était présent au 2ème tour, il l'a emporté, témoignant ainsi de la grande capacité de rassemblement de nos candidats.
Le Val-de-Marne que beaucoup de commentateurs de la vie politique annonçaient comme perdu pour la gauche, garde sa majorité et une présidence communiste. C'est une politique de progrès social au service de ses habitants qui est ainsi confirmée dans les urnes." (déclaration du PCF, 30 mars 2015)