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40 mars 2016, Place de la République, Paris

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Nanterre en colère

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En 2017, changeons la politique !

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vendredi 4 février 2011

Quel avenir pour l'éducation prioritaire à Nanterre ?

L’idée était née d’une rencontre entre le maire de Nanterre et quelques professeurs du lycée Joliot-Curie, inquiets des menaces planant sur le devenir des ZEP de la ville. Le thème a fait mouche : plus de cent personnes, professeurs des écoles, des collèges et lycée, parents d’élèves, élu-e-s, ont participé au débat jeudi 3 février à l’Agora de Nanterre.


Catastrophe budgétaire

Parent-e-s d'élèves et enseignant-e-s
Dans l’assistance, des syndiqué-e-s à la FSU, à la CGT, au SGEN-CFDT, à SUD et des non syndiqué-e-s. Des parents, qui faisaient connaître le communiqué de la FCPE 92 appelant à voter contre les DHG (moyens d’enseignements attribués aux établissements pour la rentrée 2011), partout insuffisante et en régression. Le SNES communiquait largement les prévisions du Rectorat et de l’Inspection académique pour les collèges de la ville : 102 élèves de plus, mais 5h d’enseignement de moins au total. Et mieux que chiffres et statistiques, les témoignages d’enseignants du lycée et de collèges en illustraient les conséquences : alourdissement des effectifs par classe, abandon de dédoublements, réduction des enseignements au « minimum plancher », avec l’aggravation des dérives comportementales prévisibles chez des élèves en difficulté que l’on n’aura plus guère les moyens d’aider individuellement. Chez leurs collègues et les parents d’élèves du primaire, l’inquiétude était aussi vive :
« Après les RASED (réseaux d’aide aux élèves en difficulté), qu’est-ce qu’on va encore nous supprimer ? ». Ce n’est qu’en mars, peut-être après les élections cantonales, que l’administration donnera le détail des suppressions d’emplois programmées de la maternelle au CM2.

Mais la présentation faite sur grand écran par le secteur école de la ville invitait à s’interroger aussi et surtout sur l’inquiétante réalité de l’échec scolaire à Nanterre et les moyens d’y remédier. Quels que soient les niveaux (résultats du brevet ou du bac, passage en seconde, accès à l’enseignement supérieur…) les résultats sont au moins vingt points en dessous des moyennes académique et nationale, alors que les trois quarts de la ville sont en zone d’éducation prioritaire.

Droit à la réussite pour tous,
ou « exfiltration » d’une « élite » ?

Marc Douaire, invité en tant que directeur de l’Observatoire des Zones Prioritaires, ancien syndicaliste (il a dirigé le SGEN-CFDT), n’oppose pas les luttes pour les postes et les moyens, face au désastre budgétaire, et l’action « pédagogique » dans les quartiers populaires. Lui-même longtemps très engagé sur le terrain comme coordonateur de la ZEP du Chemin de l’Ile, puis comme directeur de l’école Voltaire, il rappelle l’enthousiasme militant, qui, en compagnie du regretté Christian Bouthier, professeur à Doucet et conseiller municipal communiste, le poussait à aller rencontrer les familles au porte à porte. Dans les années 1990, en rupture avec le rôle de reproduction des inégalités sociales du système scolaire, les idées qui avaient inspiré la création des ZEP en 1981 n’étaient pas mortes : éducabilité de tous les jeunes, faire réussir l’ensemble d’une classe d’âge, quelles que soient les origines sociales…Mais la forme scolaire n’ayant globalement pas bougé, bénévolat et volontarisme ont trouvé leurs limites. Au fur et à mesure que le réseau s’étendait, de ZEP en REP, de RAR en RRS, jusqu’à concerner aujourd’hui 20% des écoliers et collégiens dans le pays, les moyens de changer l’école s’étiolaient. Au point de se réduire, selon le chercheur, à 1 ou 2 élèves par classe seulement de moins, en moyenne, que dans les établissements non classés en enseignement prioritaire. Surtout, les choix politiques et idéologiques ont changé, avec la notion d’ « élitisme républicain » lancée par Jean Pierre Chevènement et reprise depuis par tous les gouvernements. Alors qu’il faudrait une évaluation de l’expérience des ZEP, s’appuyer sur des résultats qui montrent qu’on peut réduire les écarts de performances, qu’il faudrait soutenir les personnels, en leur donnant du temps pour la mise en commun, le travail collectif, le lien avec la recherche, le gouvernement vient de prendre des décisions qui constituent un effacement de l’éducation prioritaire au profit d’une « exfiltration des meilleurs ».
Laurence De Cock, Marc Douaire,
Zacharia Ben Amar, adjoint au maire à l'enseignement

Les chefs d’établissements
ne sont pas des patrons d’entreprises !

Pour Marc Douaire, CLAIR (1), et  son extension annoncée au primaire, ça n’a rien à voir avec l’éducation prioritaire. La généralisation, avant toute évaluation, d’une telle « expérimentation », marque le total abandon de la conception territoriale des ZEP, qui était essentielle à son origine pour les ancrer dans la ville, développer des partenariats à long terme. CLAIR n’est qu’une réponse sécuritaire du ministre aux problèmes de violence, souvent liés aux échecs des apprentissages. C’est prétendre faire fonctionner les établissements scolaires comme des entreprises dirigées par un chef qui recrute son personnel. C’est remplacer des personnels qualifiés, comme les CPE et les Conseillers d’orientation psychologues, par des « préfets des études » aux missions mal définies.

Le SNES-FSU 92 m’ayant demandé d’être son porte-parole, je montrais que l’analyse du chercheur confortait notre position syndicale, hostile depuis le début, comme la majorité des personnels, au projet CLAIR, imposé au collège République sans même un vote du Conseil d’Administration. J’ajoutais que le plus grave était peut-être le prétendu socle commun, savoir minimum (même pas garanti) pour le plus grand nombre des enfants de milieu populaire, assorti d’ un livret de compétences qui ne constitue pas le simple changement du mode traditionnel d’évaluation, certes critiquable : il s’agit bel et bien d’un renforcement des inégalités, d’un renoncement à une culture commune de haut niveau pour tous, surtout dans un contexte où les suppressions de postes conduisent à réduire les enseignements. Les revendications concernant moins d’heures de cours (et surtout pas d’heures supplémentaires !) par professeur enseignant en ZEP, plus de temps pour se concerter, une formation professionnelle initiale et continue en lien avec la recherche…sont plus actuelles que jamais, si on veut construire l’école de la réussite pour tous dans tous les quartiers.

Que faire ensemble pour que ça change ?

Laurence De Cock, professeur au lycée Joliot-Curie et historienne, offre de se servir de son expérience au Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, qu’elle anime, pour créer un réseau de vigilance sur l’éducation prioritaire à Nanterre. Sur la base de la volonté d’agir pour se « réapproprier le savoir enseignant», mis à mal par la marchandisation du service public, elle a commencé à le constituer, par connaissances personnelles, avec d’autres professeurs. Elle propose trois axes de travail : gestion des ressources humaines, mouvement spécifique des personnels, critique du socle commun.
Marie-Claude Garel, directrice d'école, Conseillère générale

Le débat a surtout porté sur l’envergure du rassemblement à construire pour empêcher les baisses de moyens. L’idée de faire monter des cars de Nanterriens au Rectorat n’est pas écartée. Mais la discussion a permis d’éviter deux impasses. D’abord, les établissements ZEP ne sont pas les seuls à subir les suppressions de postes : l’exemple de la nouvelle baisse de la DHG au collège des Chenevreux est éclairant. Ensuite, Nanterre n’est pas isolé. Zhara Boudjemaï , adjointe au maire à la culture et directrice nationale des politiques éducatives CEMEA, l’a bien montré, avec l’appel de Bobigny, rassemblant le « réseau des villes éducatrices ». Surtout, ce sont des décisions politiques qui touchent tout le pays, c'est le budget voté par la majorité UMP à l'Assemblée nationale, qui conduisent à supprimer 493 emplois dans l’Académie de Versailles, alors que 1159 élèves de plus sont attendus.

La proposition du SNES d’un rassemblement des établissements du département jeudi 10 février à 10 heures devant l’Inspection Académique de Nanterre, avec demande d’être reçus, a été entendue, et le tract appelant le même jour à une grève nationale et à manifester est diffusé aux participants et dans les établissements.

(1) Collèges et Lycées pour l’Innovation, l’Ambition, la Réussite.
Pour une analyse critique de ce projet, on peut lire l’édition mensuelle du Café pédagogique du 2 février, qui présente aussi d’autres aspects de l’offensive contre le service public .



D’autres débats sur le thème de la démocratisation
de l’école sont annoncés à Nanterre :


Samedi 5 février,14h, à l’Agora
A l’initiative du Groupe Education, coordonné par Zahra Boudjemaï, directrice nationale des politiques éducatives des CEMEA, adjointe au maire à la culture, débat « Croisons nos regards, construisons ensemble nos propositions pour une autre école, pour une véritable éducation pour tous. »


Jeudi 10 mars, 18h30
salle des Provinces françaises 


A l’initiative du Front de gauche, dans le cadre de la construction du programme populaire partagé, débat public départemental : «Quelle école, quelle société voulons-nous ? », avec la participation de Gérard Aschieri (Institut de recherche de la FSU), Jean Foucambert (Association Française pour la lecture), Jean-Pierre Terrail (Groupe de recherche pour la démocratisation scolaire), de syndicalistes enseignants, de parents d’élèves, d’ élu-e-s, de jeunes des Hauts-de-Seine.
Deux thèmes sont proposés : « contre suppressions de postes, marchandisation et concurrence, quel avenir pour le service public d’Education nationale ? », « Comment construire l’école émancipatrice, quelle culture commune enseigner ? »

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