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| Edouard Glissant à l'Université populaire des hauts-de-Seine Gennevilliers, 2009 |
Je m’associe très modestement à l’hommage planétaire rendu à l’homme Edouard Glissant, à son œuvre, à sa pensée. Il y a deux ans, la publication du Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, dont il est un des rédacteurs, au moment de la lutte des peuples des Antilles pour la justice sociale et la dignité humaine, a constitué un évènement intellectuel et politique de portée universelle. Bien sûr, il ne constitue pas toute la richesse de l’œuvre d’Edouard Glissant. Mais relisons aujourd’hui ce message de courage et d’espoir, jailli de la mémoire, des souffrances, de la culture d’un « petit pays », et ouvrant des perspectives pour le monde entier , faisant tomber les masques des anciens et nouveaux maîtres du monde, piégeant au pied de la lettre la devise d'Obama : « Yes, we can ».
Vous êtes parti trop tôt, monsieur Glissant, au moment où un autre « petit peuple », à un autre point de la surface de notre Terre, en Tunisie, vient de rallumer la flamme révolutionnaire des peuples du Tout-Monde. Et voyez comme les tyrans, les parasites profiteurs de la jet-set, tremblent que, comme une « contagion », cette chaleur ne se communique, de « petits pays » en « grandes » nations, jusqu’à , pourquoi pas, ouvrir une nouvelle page de notre histoire commune, que l’on soit né dans la vaniteuse Europe, dans les arrogants Etats-Unis d’Amérique, sur les rives de l’Atlantique, du Pacifique ou de la Méditerranée, enfants métis de toutes les mers, de tous les continents, de tous les archipels.
Faisons ce rêve que l’Humanité ne disparaîtra pas avant d’avoir fait son deuil de l’esclavage, du colonialisme, de l’impérialisme, du capitalisme, de tous les totalitarismes, de tout ce que l’homme a inventé pour exploiter, dominer, déporter, massacrer ses semblables, ravager la beauté et l’avenir même de la vie, avant que nous ayons fait notre deuil de tout ce qui, dans quelques générations peut-être, passera pour aussi barbare et préhistorique que les crimes du monstrueux Polyphème dévorant l’équipage de son hôte Ulysse.
Vous êtes parti top tôt, Monsieur Glissant, mais peut-être avec l’espérance qu’il y en aura bien d’autres, des jeunes, pour « souffler sur les braises », comme l’écrivait Aragon au siècle dernier.

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